Accord UE-Mercosur : une adoption controversée de plusieurs États malgré l’opposition française

L’Union européenne a franchi une étape décisive dans le dossier du Mercosur. Malgré l’opposition affichée de la France, une majorité qualifiée d’États membres a approuvé l’accord de libre échange avec les pays d’Amérique du Sud. 

Cette décision relance un débat ancien. Elle ravive aussi la colère du monde agricole européen.

Un feu vert politique au niveau européen

Vendredi, une majorité d’États de l’Union européenne a validé l’accord de libre échange avec le Mercosur. Cette approbation ouvre la voie à une signature officielle prévue dès lundi en Amérique latine.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pourrait se rendre au Paraguay pour finaliser le texte. Pour Bruxelles, ce vote envoie un signal fort dans un contexte international tendu. Plusieurs responsables européens y voient une réponse directe à la montée des tensions commerciales mondiales.

Le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil a salué une décision stratégique. Selon lui, l’Europe doit multiplier les partenariats économiques pour soutenir sa croissance et renforcer sa compétitivité.

Le rôle déterminant de certains États membres

Le soutien de l’Italie s’est révélé décisif pour atteindre la majorité qualifiée requise. L’Allemagne et l’Espagne ont également pesé en faveur de l’accord.

À l’inverse, la France a voté contre. Paris n’a toutefois pas réussi à rallier suffisamment d’alliés pour bloquer le texte. Le gouvernement français annonce désormais vouloir poursuivre le combat au Parlement européen.

Les eurodéputés devront se prononcer dans les prochaines semaines. Le vote s’annonce serré. Les équilibres politiques nationaux pourraient jouer un rôle clé.

Un accord négocié depuis plus de vingt ans

Les négociations entre l’Union européenne et le Mercosur ont débuté en 1999. L’accord concerne le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.

Ensemble, ces pays représentent un marché de plus de 700 millions de consommateurs. Le traité prévoit une suppression progressive de nombreux droits de douane. Il vise à faciliter les échanges de biens industriels et agricoles.

Les exportateurs européens pourraient bénéficier de meilleures conditions pour vendre voitures, machines, vins et fromages. En retour, l’Europe ouvrirait davantage son marché à des produits agricoles sud-américains.

Les craintes persistantes du monde agricole

Les opposants dénoncent un déséquilibre majeur. Ils redoutent une concurrence accrue de produits moins chers. Ils pointent aussi des normes environnementales jugées insuffisantes.

L’entrée facilitée de bœufs, de volailles, de soja ou de sucre inquiète de nombreuses filières. Les quotas prévus ne rassurent pas les agriculteurs.

Depuis plusieurs semaines, la mobilisation s’intensifie. Des actions de blocage ont eu lieu en Belgique et en Grèce. En France, des tracteurs ont convergé vers Paris pour dénoncer l’accord et d’autres difficultés structurelles du secteur.

La FNSEA a appelé à un rassemblement massif à Strasbourg devant le Parlement européen.

Un contexte politique sous haute tension

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a renforcé les arguments des partisans de l’accord. Selon eux, l’Union européenne doit réduire sa dépendance aux marchés américain et chinois.

La Commission européenne a tenté d’apaiser les tensions agricoles. Elle a proposé des garanties supplémentaires et des ajustements budgétaires dans la future politique agricole commune. Ces concessions n’ont toutefois pas suffi.

En France, le débat prend une dimension politique majeure. Emmanuel Macron juge l’accord non acceptable en l’état. Pourtant, la France se retrouve isolée sur ce dossier.

Des motions de censure ont été annoncées par plusieurs forces politiques. Elles ont peu de chances d’aboutir mais illustrent le climat de crispation.

Une bataille encore ouverte au Parlement européen

Malgré l’adoption par les États membres, l’histoire n’est pas terminée. Environ 150 eurodéputés envisagent un recours juridique pour contester l’application de l’accord.

Pour Paris, l’objectif reste clair. Obtenir des garanties plus solides pour protéger l’agriculture européenne. Certains observateurs parlent déjà d’un échec diplomatique français. D’autres estiment que le vote parlementaire peut encore rebattre les cartes.

L’accord UE-Mercosur marque un tournant stratégique pour l’Europe. Il promet des opportunités économiques mais expose aussi de profondes fractures politiques et sociales. 

Le vote du Parlement européen sera décisif. Il dira si cet accord peut réellement entrer en vigueur ou rester un symbole de division européenne.

LIRE AUSSIFace à la colère des agriculteurs, Emmanuel Macron demande un report de l’accord UE-Mercosur

LIRE AUSSI : Gabriel Attal prépare déjà l’après Macron et regarde vers 2027