En Corée du Nord, regarder ou partager des films et des séries sud-coréens peut entraîner de lourdes sanctions, voire la peine de mort. Un rapport de l’ONU dénonce un durcissement de la répression sous Kim Jong-un. Plusieurs témoignages évoquent des exécutions et des condamnations à des années de travaux forcés.
La Corée du Nord reste l’un des pays les plus fermés au monde. Malgré une ouverture limitée aux touristes ces dernières années, les témoignages sur la répression continuent de se multiplier.
Sous la direction de Kim Jong-un, les autorités exercent un contrôle étroit sur la population. Les restrictions concernent notamment les informations accessibles aux citoyens et les divertissements qu’ils peuvent regarder.
Selon le Bureau des droits de l’homme des Nations unies, ce contrôle s’est renforcé au cours des dernières années. Les sanctions encourues pour certaines infractions peuvent être particulièrement sévères.
Le partage de films, de séries ou de musique sud-coréens figure parmi les comportements visés. Dans certains cas, ces infractions peuvent même entraîner la peine de mort.
Un rapport de l’ONU publié en 2025 décrit une aggravation de la répression. Il fait également état d’une augmentation du travail forcé et d’une réduction des libertés individuelles.
L’ONU dénonce une répression renforcée depuis dix ans
Le Bureau des droits de l’homme de l’ONU a examiné l’évolution de la situation en Corée du Nord. Son rapport de 2025 décrit un durcissement des restrictions au cours des dix années précédentes.
Selon ses conclusions, les habitants disposent de moins de libertés et de possibilités de préserver leur vie privée. La surveillance s’est également intensifiée grâce à l’utilisation de nouvelles technologies.
Le rapport souligne l’ampleur des restrictions imposées à la population.
« Aucune autre population n’est soumise à de telles restrictions dans le monde d’aujourd’hui », indique le document.
Selon la BBC, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a également exprimé ses inquiétudes. Il a averti que la situation risquait de se prolonger sans changement.
Les Nord-Coréens pourraient ainsi continuer à subir des « souffrances, une répression brutale et une peur ». Ces conditions affectent déjà la population depuis plusieurs années.
Le rapport repose sur plus de 300 entretiens avec des personnes ayant fui le pays. Ces témoignages ont été recueillis auprès de Nord-Coréens partis au cours de la dernière décennie.
Selon les conclusions de l’ONU, les autorités recourent davantage à la peine capitale. Depuis 2015, au moins six nouvelles lois autorisant cette sanction auraient été introduites.
Regarder ou partager des séries sud-coréennes peut entraîner la peine de mort
Les divertissements étrangers figurent parmi les contenus particulièrement surveillés par les autorités nord-coréennes. Le partage de films et de séries peut désormais être passible de la peine capitale.
Selon le rapport, ces restrictions visent notamment à empêcher la diffusion d’informations provenant de l’extérieur. Elles permettent également au régime de contrôler les contenus accessibles à la population.

Kang Gyuri, qui a fui la Corée du Nord en 2023, a témoigné auprès de la BBC. Elle affirme que trois de ses amis ont été exécutés pour avoir regardé ou partagé des contenus sud-coréens.
Elle raconte également avoir assisté au procès de l’un de ses amis. Ce jeune homme de 23 ans aurait été condamné à mort.
« Il a été jugé en même temps que des criminels liés à la drogue. Ces crimes sont traités de la même façon maintenant », a-t-elle déclaré.
Selon Kang Gyuri, la peur s’est particulièrement intensifiée depuis 2020. Elle affirme que les habitants redoutent davantage les sanctions liées aux contenus étrangers.
De son côté, Amnesty International évoque plusieurs formes de répression. Les personnes surprises à regarder des émissions sud-coréennes risqueraient notamment l’humiliation publique ou des années dans des camps de travail.
Dans les cas les plus graves, elles pourraient également être exécutées. Ces sanctions témoignent, selon l’organisation, de la sévérité des restrictions imposées aux divertissements étrangers.
Deux adolescents auraient été condamnés à 12 ans de travaux forcés
Les sanctions ne seraient toutefois pas appliquées de manière identique à toute la population. Plusieurs sources évoquent des différences liées au statut social et aux antécédents familiaux.
Les personnes considérées comme loyales envers le régime pourraient bénéficier de peines plus légères. À l’inverse, celles issues de familles moins privilégiées risqueraient des sanctions plus lourdes.
En 2024, BBC Korea a rapporté la diffusion d’images montrant deux adolescents menottés en public. Ils étaient accusés d’avoir regardé et partagé des séries sud-coréennes, appelées K-dramas.
La vidéo aurait été filmée en 2022. Un narrateur y reprend le discours de propagande des autorités nord-coréennes.
« La culture corrompue du régime fantoche s’est répandue même chez les adolescents », affirme-t-il.
Il évoque ensuite l’âge des deux jeunes.
« Ils n’ont que 16 ans, mais ils ont ruiné leur propre avenir. »
Selon les informations rapportées, les deux adolescents auraient été condamnés à 12 ans de travaux forcés. Leur sanction serait directement liée au visionnage et au partage de séries sud-coréennes.

D’après le média, la Corée du Nord a adopté des lois plus strictes en 2020. Elles prévoient notamment la peine de mort pour certaines infractions liées aux divertissements sud-coréens.
Avant cette date, les règles auraient été moins sévères. Les personnes concernées pouvaient néanmoins déjà subir de lourdes sanctions.
Pourquoi les séries sud-coréennes inquiètent-elles les autorités ?
Kyong-hui, PDG de l’association caritative South and North Development, a expliqué les préoccupations du régime à BBC Korea. Selon elle, les autorités considèrent les séries et la musique sud-coréennes comme une menace idéologique.
Ces contenus permettent aux Nord-Coréens de découvrir une autre représentation de la vie à l’étranger. Ils pourraient ainsi remettre en question le discours officiel sur la société sud-coréenne.
« L’admiration pour la société sud-coréenne peut rapidement conduire à un affaiblissement du système… Cela va à l’encontre de l’idéologie monolithique qui pousse les Nord-Coréens à vénérer la famille Kim », a-t-elle déclaré.
Un transfuge nord-coréen a également décrit les différences de traitement entre les divertissements américains et sud-coréens. Selon son témoignage, les sanctions seraient particulièrement sévères pour les contenus provenant de Corée du Sud.
« Si vous vous faites prendre à regarder un drama américain, vous pouvez vous en sortir avec un pot-de-vin, mais si vous regardez un drama coréen, vous vous faites fusiller », a-t-il déclaré à BBC Korea.
Il a ensuite expliqué l’importance de ces séries pour certains habitants.
« Pour les Nord-Coréens, les dramas coréens sont une « drogue » qui les aide à oublier leur difficile réalité. »
Un autre transfuge présumé a évoqué les différences entre le discours officiel et les images découvertes dans ces programmes. Il affirme avoir grandi en entendant que les Sud-Coréens vivaient dans des conditions bien plus difficiles.
Selon lui, les séries sud-coréennes conduisent certains habitants à remettre en question cette représentation. Elles leur montrent une réalité différente de celle décrite par les autorités.
« C’est un monde complètement différent », a déclaré cette personne.
Elle a également évoqué la méfiance du régime envers ces contenus.
« Il semble que les autorités nord-coréennes s’en méfient. »
Les témoignages recueillis illustrent ainsi les conséquences possibles de l’accès aux divertissements étrangers. Selon les organisations citées, les restrictions continuent de peser lourdement sur la population nord-coréenne.
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