Des personnes se déclarent « lesbiennes masculines » : que signifie réellement cette expression ?

Le terme « lesbienne masculine » circule de plus en plus sur les réseaux sociaux et suscite de nombreuses interrogations. Derrière cette expression, qui peut sembler paradoxale, se cachent pourtant des réalités liées à l’identité de genre, au parcours personnel et à l’histoire des communautés LGBTQ+.

Une expression qui suscite de nombreuses interrogations

Le débat a récemment pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Sur Reddit, un internaute résumait l’incompréhension de nombreux utilisateurs : « J’ai cherché la définition, mais je suis seulement arrivé à la conclusion que les lesbiennes masculines sont des hommes qui aiment les femmes… N’est-ce pas simplement de l’hétérosexualité ? »

Pour les experts, cette interprétation est toutefois réductrice. Ils expliquent que cette appellation renvoie à une réalité bien plus complexe, liée à plusieurs décennies d’histoire des communautés LGBTQ+, aux questions d’identité de genre et aux parcours individuels.

Une identité qui ne fait pas consensus

Selon Byrd, éducateur spécialisé dans les questions LGBTQ+, l’expression est principalement employée par certains hommes transgenres, des personnes transmasculines ou certaines personnes non binaires qui continuent de s’identifier à la communauté lesbienne après leur transition.

Pour ces personnes, cette appellation reflète avant tout un lien durable avec la culture et l’identité lesbiennes construites avant leur transition, plutôt qu’une simple description de leur orientation sexuelle.

« Au sein des communautés trans, ce terme est largement considéré comme une auto désignation », explique Byrd. Il souligne toutefois que certaines lesbiennes contestent cet usage, estimant qu’il brouille la définition traditionnelle de l’identité lesbienne.

La sexologue Kiki Maree confirme qu’aucun consensus n’existe au sein de la communauté.

« Aujourd’hui, de nombreuses personnes LGBTQ+ diraient que le terme « lesbienne masculine » ne correspond pas à une identité courante ou largement acceptée », précise-t-elle, ajoutant que chacun peut lui donner une signification différente.

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Un concept étudié depuis plusieurs décennies

Si cette expression semble récente pour une partie du grand public, elle apparaît dans des travaux universitaires depuis les années 1980.

Le psychologue Brian G. Gilmartin l’utilisait déjà dans son ouvrage Shyness & Love, publié en 1987. À l’époque, il désignait des hommes hétérosexuels qui ne se reconnaissaient pas dans les modèles traditionnels de masculinité, sans pour autant s’identifier comme transgenres.

Les experts estiment aujourd’hui que cette définition est largement dépassée et ne correspond plus à l’usage contemporain du terme.

Dans les années 1990, la philosophe Jacquelyn N. Zita a ensuite approfondi cette notion sous l’angle de l’identité de genre et du féminisme, en s’intéressant aux relations entre le sexe biologique, le genre et l’expérience vécue.

Les experts appellent à éviter les généralisations

Selon Kiki Maree, l’une des principales idées reçues consiste à penser que toutes les personnes utilisant cette expression lui attribuent la même signification.

Or, les discussions sur Internet regroupent souvent sous une même étiquette des hommes transgenres, des personnes non binaires, des lesbiennes utilisant les pronoms « il » et « lui », ainsi que d’autres identités de genre, alors que leurs parcours restent très différents.

De son côté, le Dr Shanéa Thomas, éducatrice en sexualité certifiée par l’AASECT, indique qu’elle entend rarement cette expression au sein même des communautés LGBTQ+. À ses yeux, le débat est aujourd’hui largement alimenté par les réseaux sociaux plutôt que par l’usage courant.

Les trois spécialistes estiment qu’au lieu de chercher à déterminer si cette appellation est « juste » ou « fausse », il est préférable de demander aux personnes concernées ce qu’elles souhaitent exprimer à travers ce terme.

« Les étiquettes identitaires revêtent souvent plusieurs significations », rappelle Kiki Maree. « Elles ne se limitent pas à décrire la sexualité ou le genre : elles peuvent également refléter l’histoire, la culture, la communauté et l’expérience vécue. »

Byrd ajoute que les notions de genre et d’identité continuent d’évoluer avec le temps. Le Dr Thomas encourage également à s’appuyer sur les avis des personnes concernées plutôt que sur les débats viraux en ligne.

Comme l’a résumé un internaute : « Personne ne devrait avoir à expliquer chaque petit aspect de son identité, même si celle-ci prête à confusion ».

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