Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre, la photographie de « l’homme qui tombe » reste l’une des images les plus marquantes de cette journée. Sa famille continue pourtant d’ignorer avec certitude l’identité de l’homme photographié.
La sœur de Jonathan Briley, souvent présenté comme le probable « homme qui tombe », revient aujourd’hui sur cette tragédie. Elle évoque son frère, leur dernier voyage ensemble et la foi qui l’aide à vivre avec cette douloureuse incertitude.
Remarque : cet article évoque les dernières minutes de personnes prises au piège lors des attentats du 11 septembre 2001. Certaines scènes peuvent être difficiles à lire.
Une photographie devenue un symbole du 11 septembre
Le 11 septembre 2001, le photographe Richard Drew couvre les attentats autour du World Trade Center. Son appareil capture alors plusieurs images de personnes tombant de la tour nord. L’une d’elles deviendra célèbre sous le nom de « l’homme qui tombe ».
La photographie montre un homme en pleine chute. Son corps paraît étonnamment droit et immobile. Cette apparente sérénité contraste avec le chaos qui entoure les tours en flammes.

Lorsque la photo est publiée dans plusieurs journaux le 12 septembre 2001, elle provoque de nombreuses réactions. Certains lecteurs jugent sa publication trop douloureuse. D’autres estiment qu’elle témoigne de la réalité humaine des attentats.
Avec le temps, la perception de cette image évolue. Elle est désormais considérée comme l’une des photographies les plus fortes associées au 11 septembre. Richard Drew avait pourtant pris cette image au milieu d’une séquence beaucoup plus large.
La photographie appartient aujourd’hui à la collection privée de Sir Elton John. Le chanteur, qui possède une importante collection de photographies du 11 septembre, l’a décrite comme une image particulièrement puissante et bouleversante.
Derrière cette image mondialement connue demeure toutefois une question sans réponse définitive. Qui était réellement l’homme photographié par Richard Drew ?
Jonathan Briley, une identité jamais confirmée
Plusieurs hommes ont été identifiés comme candidats au fil des années. L’une des premières hypothèses concernait Norberto Hernandez, pâtissier au restaurant Windows on the World, situé au sommet de la tour nord.
Sa famille avait d’abord envisagé cette possibilité. Elle a toutefois écarté cette hypothèse après avoir examiné les photographies de la séquence et les vêtements visibles sur les clichés.
En 2003, le journaliste Tom Junod s’intéresse à son tour à cette photographie. Après avoir étudié l’ensemble de la séquence prise par Richard Drew, il avance une autre hypothèse. Selon lui, l’homme pourrait être Jonathan Briley, un technicien du son de 43 ans qui travaillait à Windows on the World.
Plusieurs éléments semblaient correspondre. Briley mesurait plus de 1,95 mètre et portait souvent un tee-shirt orange sous ses vêtements de travail. Dans l’une des photographies de la séquence, un vêtement s’ouvre pendant la chute et laisse apparaître un tee-shirt de cette couleur.
Ses proches ont également estimé que certains détails pouvaient correspondre à Jonathan. Pourtant, aucune preuve irréfutable n’a permis d’établir officiellement son identité. Cette incertitude demeure donc au cœur de l’histoire de cette photographie.
« Parfois, j’ai l’impression que c’était hier »
Vingt-cinq ans après les attentats, Gwen Briley-Strand continue de vivre avec cette histoire. Elle garde surtout le souvenir d’un frère profondément croyant, musicien et proche de sa famille.
Jonathan avait été ordonné diacre quelques mois avant sa mort. Il avait grandi dans la musique gospel et travaillait comme technicien du son. Peu avant les attentats, il avait aussi rejoint Gwen et son mari pour un voyage improvisé en Floride. Ce séjour fut leur dernier moment ensemble.
Pour Gwen, le temps n’a pas effacé la douleur. Il l’a simplement rendue différente selon les années.

« Il y a des moments où j’ai l’impression que ça fait 25 ans. Mais il y en a d’autres où j’ai l’impression que c’était hier », a-t-elle déclaré au Daily Mail.
Elle décrit ce souvenir comme une vague de chagrin. Certaines années sont plus faciles que d’autres, explique-t-elle.
Une famille face à une douloureuse incertitude
Gwen refuse également de réduire les personnes tombées des tours à leur dernier geste. Pour elle, ces victimes étaient avant tout des personnes prises au piège d’une situation inimaginable.
Sa foi occupe une place centrale dans cette manière de voir les choses. Elle estime que les personnes tombées ce jour-là ont été accueillies par Dieu.
« Je crois que toutes les personnes qui ont sauté ont été rattrapées. Leurs âmes ont été rattrapées », a-t-elle confié au Daily Mail.
Cette conviction lui permet aussi de dépasser la question de l’identité. Pour elle, l’homme visible sur la photographie peut représenter toutes les personnes mortes ce jour-là.
Jonathan n’est donc pas seulement le frère dont elle garde le souvenir. Il est aussi devenu, malgré lui, une figure associée à la mémoire collective du 11 septembre.
Richard Drew n’avait pas prévu de prendre cette photo
Richard Drew a expliqué que la photographie n’était pas le résultat d’une recherche volontaire d’une image spectaculaire. Il suivait simplement les personnes qui tombaient de la tour avec son appareil photo.
Son appareil a alors enregistré plusieurs images en quelques secondes. Ce n’est qu’après coup qu’il a compris qu’une photographie particulière avait capturé une scène devenue historique.
Pour le photographe, cette image ne devait pas être réduite à la mort. Elle montrait aussi les derniers instants d’une personne confrontée à une situation inimaginable.
Cette distinction reste importante dans l’histoire de la photographie. Elle explique aussi pourquoi l’image continue de susciter autant de débats, vingt-cinq ans après les attentats.
Une image qui continue de poser des questions
« L’homme qui tombe » reste aujourd’hui l’une des photographies les plus célèbres du 11 septembre. Pourtant, son identité demeure officiellement inconnue. Jonathan Briley reste seulement le candidat considéré comme le plus probable par plusieurs enquêtes journalistiques.
Pour sa famille, cette incertitude ne résume toutefois pas la vie de Jonathan. Avant cette photographie, il était un frère, un fils, un époux et un homme profondément attaché à sa foi.
Gwen préfère ainsi se souvenir de leur dernier voyage en Floride. Elle considère ce moment partagé quelques jours avant les attentats comme un précieux souvenir familial.
Vingt-cinq ans plus tard, la photographie continue donc de raconter une histoire qui dépasse largement son cadre. Elle rappelle surtout que derrière chaque image du 11 septembre se trouvait une vie humaine, avec une famille, des proches et des souvenirs.
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