Russie : une ancienne carte de cibles nucléaires américaines refait surface

Une carte diffusée en 2019 sur la télévision d’État russe présentait plusieurs sites américains comme des cibles potentielles en cas de conflit nucléaire.

Ces images refont surface dans un contexte de tensions entre Moscou et les pays occidentaux. Elles rappellent les menaces évoquées par certains médias russes, sans constituer un plan militaire officiellement confirmé.

Les relations entre la Russie et l’Occident restent tendues depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, lancée en février 2022. De récentes déclarations ont ravivé les inquiétudes concernant une éventuelle confrontation dépassant les frontières ukrainiennes.

Lors d’un récent sommet Russie-Afrique, le président russe Vladimir Poutine a évoqué la possibilité d’un conflit direct avec des pays européens. Il a affirmé que Moscou était prêt à une telle éventualité, tout en déclarant ne pas la souhaiter.

Getty Images

« Nous sommes prêts pour la guerre avec l’Europe, mais nous ne la voulons pas », a déclaré le président russe aux dirigeants réunis au sommet. Il a ensuite adressé un avertissement aux responsables européens.

« Quant à eux, si quelqu’un le désire, qu’il se prépare. »

Vladimir Poutine a également évoqué les conséquences d’une éventuelle escalade. Il a averti que, si la situation s’aggravait, « il n’y aura aucun vainqueur. »

Les relations entre Washington et Moscou suscitent des interrogations

Ces déclarations interviennent dans un contexte d’incertitude concernant les relations entre Moscou et les pays occidentaux. Plusieurs décisions récentes de Washington ont notamment alimenté les discussions sur l’évolution de la politique américaine envers la Russie.

Le président Donald Trump a décidé d’assouplir certaines sanctions américaines contre Moscou, malgré la poursuite de la guerre en Ukraine. Cette décision a suscité des critiques et des interrogations sur un éventuel changement d’approche envers le Kremlin.

Ces derniers mois, Trump semble s’être rapproché de Moscou. Parallèlement, les relations entre les États-Unis et l’Ukraine auraient atteint leur point le plus bas depuis 18 mois.

Des responsables russes, ukrainiens et américains devraient également se réunir à Abou Dhabi le mois prochain. Ces discussions de paix constitueraient, si elles se tiennent, la première rencontre de ce type depuis février.

Une carte de cibles nucléaires diffusée en 2019

Malgré les signes de rapprochement entre Trump et Poutine, les relations entre leurs pays restent marquées par une longue histoire de tensions. Les États-Unis et la Russie ont connu plusieurs décennies de méfiance, de confrontation et d’alliances changeantes.

En février 2019, la télévision d’État russe avait diffusé un reportage présentant plusieurs cibles américaines potentielles en cas de conflit nucléaire. La séquence avait alors attiré l’attention internationale.

La carte était présentée par Dmitri Kissiliov, un animateur russe connu pour ses liens étroits avec le Kremlin. Il avait désigné plusieurs sites américains susceptibles, selon lui, d’être visés lors d’une confrontation avec la Russie.

Parmi les installations mentionnées figuraient des sites militaires et des lieux associés au pouvoir américain. Certains avaient toutefois cessé leurs activités militaires plusieurs années avant la diffusion de l’émission.

Cinq sites américains présentés comme des cibles potentielles

La carte diffusée sur la télévision russe mentionnait notamment le Pentagone, à Washington, D.C. Ce bâtiment abrite le siège du département américain de la Défense.

Un autre site cité était Camp David, dans le Maryland. Cette résidence présidentielle est utilisée pour des réunions privées et des discussions diplomatiques.

Laurel Cabin, Camp David / Wikipedia Commons

La carte incluait également Fort Ritchie, une ancienne installation militaire située dans le Maryland. La base aérienne de McClellan, en Californie, figurait aussi parmi les sites présentés.

Enfin, la station radio navale de Jim Creek, dans l’État de Washington, était également mentionnée. Cette installation est utilisée par la marine américaine pour communiquer avec les sous-marins.

Deux installations militaires étaient déjà fermées

Lors de l’émission, Dmitri Kissiliov avait affirmé que les armes hypersoniques russes pouvaient atteindre certaines cibles en quelques minutes. Il présentait ainsi les capacités militaires de Moscou dans l’hypothèse d’une confrontation nucléaire.

Le choix de certains sites avait cependant suscité des interrogations. Plusieurs installations mentionnées n’étaient plus en activité au moment de la diffusion.

Fort Ritchie avait fermé en 1998, tandis que la base aérienne de McClellan avait cessé ses activités en 2001. Ces fermetures étaient donc antérieures de plusieurs années à l’émission de février 2019.

Le reportage avait provoqué des réactions à l’étranger. Des critiques avaient notamment remis en question la sélection des sites et la présentation de la menace nucléaire.

Le Kremlin avait également été interrogé sur cette émission. Toutefois, la carte diffusée à la télévision ne constituait pas une annonce officielle d’une liste de frappes militaires approuvée par Moscou.

Dmitri Kissiliov avait déjà menacé les États-Unis

Dmitri Kissiliov figure parmi les personnalités médiatiques russes connues pour leurs prises de position hostiles aux États-Unis. Il avait notamment affirmé, à une autre occasion, que Moscou pouvait réduire le territoire américain en cendres radioactives.

Le présentateur avait initialement accueilli favorablement l’ascension politique de Donald Trump. Il approuvait notamment la volonté affichée du candidat « anti-establishment » de travailler avec Vladimir Poutine.

Son discours avait toutefois changé au début de l’année 2017. Il avait alors décrit le président américain comme « plus dangereux et imprévisible que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. »

Le Royaume-Uni appelé à se préparer à un éventuel conflit

Plusieurs responsables occidentaux estiment que Vladimir Poutine ne souhaite probablement pas une confrontation militaire directe avec l’OTAN. Ils avertissent néanmoins que la Russie pourrait représenter une menace militaire pour l’alliance avant la fin de la décennie.

La semaine dernière, le secrétaire britannique à la Défense, Wes Streeting, a évoqué la nécessité de préparer le Royaume-Uni à cette éventualité. Il a notamment mentionné un horizon de 1 000 jours.

Dans un article publié dans The Telegraph, il a estimé que la nature de la menace pesant sur la Grande-Bretagne évoluait. Il a notamment évoqué le renforcement des capacités militaires et des économies de guerre de ses adversaires.

« La volonté de nos adversaires de nous nuire n’est pas nouvelle. Ce qui a changé, c’est leur capacité. D’ici 2030, leur puissance militaire et leur économie de guerre pourraient les mettre en position d’attaquer. Cela nous laisse un peu plus de 1 000 jours pour accomplir notre mission : être prêts, avec nos alliés, à combattre et à vaincre. »

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